Il neige. Il y a des gens pour dire que c'est beau la neige...
Moi je la trouve déplacée.
Je la regarde qui se laisse choir négligemment dans mon jardin, peu à peu elle recouvre le simuli de pelouse sans parvenir à masquer tout à fait les quelques touffes hardies qui persistent à poindre obstinément comme autant de taches noirâtres clairsemant l'immaculé manteau.
Quand j'y pense ça fait longtemps que je n'ai pas vu autant de flocons dans mon coin de banlieue. Etrangement Bondoufle n'est pas spécialement moins morose tout de blanc vêtue. A la grisaille de son ciel s'ajoute la luminosité jaunâtre et un peu irréelle qui annonce la neige.
Réflexion faite, il est devenu blanc lui aussi, le ciel, un blanc grisonnant mais braillard malgré tout, obnubilant. Sur les carcasses décharnées de mes arbres apparaissent peu à peu de petits amoncellements blancs, on pourrait croire qu'on les a mis là exprès, comme une image publicitaire trop usitée pour bien signifier: « attention v'la l'hiver et son cortège de blancs flocons, sortez couvert, continuez d'enrichir papa le capital et le père noël sera généreux. » Ce sont les arbres qui donnent témoignent de la nouvelle saison qui s'invite. Au printemps le cerisier est rosé, couvert de jolies fleurs éphémères qu'une vilaine bourrasque a éradiqué prématurément cette année tout comme une autre ne m'a pas permise de le voir devenir jaune, puis oranger, puis rouge. L'automne aussi a été balayé. Ca c'est poétique pourtant, ça, en automne! C'est peut etre la seule chose qui le soit quand tout se trouve repeint en un dégradé de gris, seuls les feuillages rappellent encore que la couleur existe malgré le gris environnant, le gris du ciel, le gris du bitume, le gris de nos tetes, le gris de nos joies.
Enfin, trêves d'élucubrations pseudo naturalistes, ils sont des milliers à avoir exprimé cela bien mieux que moi.
Déjà deux heures qu'il neige et elle ne s'est toujours pas arrêtée de tomber, la neige!
Il me semble pourtant qu'elle y met de moins en moins d'entrain. Peut etre se rend elle compte que d'ici peu de tous ses beaux efforts il ne restera plus qu'une gadoue saumâtre, dégueulasse et froide qui dégoulinera le long des rues jusqu'à venir tremper le pantalon du jeuns dans le vent qui aura ainsi le privilège de laisser enfin une trace de son existence en une longue trainée répugnante sur les sols qu'il piétinera dans son insatiable dés½uvrement.
Digression.
En y repensant, oui, c'est beau la neige lorsqu'elle recouvre un paysage montagneux par exemple (quand celui ci n'est pas souillé par des abrutis montés sur planches dans l'espoir évident de venir de leur périple montagnard le genou en vrac et le bras dans le plâtre). Comme un affront de la nature à l'infinie pretention humaine de pouvoir partout s'implanter, souiller tous les paysage de son hideuse presence.
Enfin tout de même, la neige, ça reste de la flotte congelée qui tombe du ciel non?
Pourquoi soudainement il me prend le besoin de déblatérer des idioties à son propos hein?
Bon, cessons de nous prendre pour une réaliste patentée, il neige aujourd'hui et ça me plait.
Je sais déjà que le temps de retourner vaquer à mes élucubrations philosophico-imbéciles, l'air froid va rougir le bout de mon nez et mes pommettes; mes locks vont se gorger d'humidité et sentir le chien mouillé; mes pieds seront totalement congelés ainsi que ma main droite que je me serais entêtée à mener à ma bouche pour tirer de longues inspirations nicotinées que je regarderais ensuite zigzaguer entre les flocons persistants dans un vaporeux nuage de fumée nauséabonde.
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Ah interruption de mon emphase littéraire par Keuvain. Tandis que la neige m'inspire des réflexions poético-hasardeuses, Keuvain se sent l'ame d'un comique. Modérément tout de même. Tout juste de temps de répondre « Non » à son appel qu'il a déjà raccroché,. Faudrait pas non plus croire que monsieur aille jusqu'à gâcher son crédit pour ses blagues. Je ne me démonte pas. Je le rappel.
« -Woh Ju! Prend tes skis on va dompter les collines, je ramène ma luge! »
Merci Keuvain.
La neige rend donc, hasardeux le cheminement de nos pensées quelqu'en soit le but.
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-La neige c'est apaisant et ravigotant.
-C'est tout?
-Je ne sais pas bien en fait, toujours eu un mal fou a exprimer en profondeur l'effet que les choses pouvaient avoir sur moi...
.....
Ca me plait qu'il neige.
-C'est déjà un bon début.
-'Sont peut etre pas si cons que ça les Inuits à vivre sur leur banquise.
-Remarque stupide. La banquise c'est de la glace. Les seules expériences de la glace que tu ais pu avoir c'est a la patinoire. Cela t'as d'ailleurs valu de ne pas pourvoir t'assoir pendant une semaine.
-C'est vrai. De plus, les Inuits sont alcooliques. Il faut que j'arrête de penser aux Inuits.
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Ca y est, la neige s'essouffle... fini les flocons qui n'étaient, comme le dirait si poetiquement Keuvain, « pas des flocons de pédés »... dans un ultime effort elle nous livre les quelques retardataires mollassons qui iront rejoindre leurs confrères au dessus du bitume Bondouflois avant de ne devenir que cloaque moribond. Allons à l'école.
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Suite et fin de notre périple enneigé. Trêve de précipitations floconneuses, il ne reste déjà plus de ces trois heures de projection groenlandaise inespérée que le ramassis boueux déjà largement annoncé. Le chemin vers le blocos immonde qui me tient lieu d'établissement scolaire s'est effectué en pataugeant précautionneusement dans une mélasse glacé au risque de bousiller mes étincelantes kickers rouges.
Malgré l'avalanche de sensations désagréables, arrivé tonitruante, les yeux écarquillés comme une gosse, échange d'inepties avec Keuvain à propos de notre ami commun au sourire interminable (car son « sourire est comme l'horizon de la mer infinie»). Fous rires interminables. Et puis! Et puis, intervention porchéenne pour mettre fin à cette euphorie galopante, les philosophes sont decidemment des gens bien sérieux. Retour maussade.
Bienvenu à Bondoufle, Bonne Soirée